Djibouti 2035 : Trajectoire d’émergence — réalisations socioéconomiques et politiques
Introduction
Lancée en 2014, la Vision Djibouti
2035 constitue le plan stratégique à long terme du pays, visant à
transformer Djibouti en un État émergent d’ici 2035. Elle fixe des objectifs
ambitieux, notamment tripler le revenu par habitant et créer
200 000 emplois sur la période, en misant sur une croissance
économique soutenue d’environ 10 % par an (Vision 2035). Adossée à cinq
piliers fondamentaux (paix et unité nationale, bonne gouvernance, économie
diversifiée, capital humain consolidé, intégration régionale), cette vision
cherche à réduire la pauvreté extrême et à assurer une croissance inclusive en
valorisant le potentiel humain et économique du pays (Banque mondiale, 2024b).
Plus de dix ans après son lancement, il est possible d’analyser les réalisations
socio-économiques et politiques de Djibouti dans ce cadre stratégique,
en examinant les progrès dans des secteurs clés – éducation, santé,
infrastructures, gouvernance, économie, inclusion sociale, coopération
internationale – et en évaluant les défis qui subsistent. L’exercice fait appel
à un ton académique et analytique, appuyé sur des sources fiables
(rapports de la Banque mondiale, de la BAD, documents officiels djiboutiens,
etc.) conformément aux exigences de rigueur scientifique.
Éducation
Djibouti a fait de l’éducation un pilier
central de sa stratégie de développement humain dans le cadre de Vision 2035.
Les efforts consentis se sont traduits par une amélioration remarquable
de la scolarisation, en particulier au niveau primaire. Le taux brut de
scolarisation au primaire avoisinait les 55 % vers l’an 2000 (PNUD, 2010)
et a grimpé à un niveau quasi universel de 99 % en 2022-2024 (La
Nation, 2025), signe d’une généralisation de l’accès à l’école primaire
(voir Tableau 1). Parallèlement, l’écart entre les genres s’est
quasiment résorbé dans le primaire, avec un taux de 96 % pour les filles
contre 99 % pour les garçons, reflétant une parité presque atteinte (La
Nation, 2025). Cette progression résulte de réformes éducatives d’envergure
initiées depuis le début des années 2000, notamment la gratuité et l’obligation
de l’enseignement fondamental, qui ont stimulé la demande scolaire (DG Trésor,
2023).
Tableau 1 – Évolution du taux de
scolarisation primaire à Djibouti (taux brut, %
de la population en âge scolaire)
|
Année |
Taux de scolarisation au primaire (%) |
|
~2000 |
~55 % (est.) (PNUD, 2010) |
|
2010 |
~75 % (est.) (PNUD,
2010) |
|
2022 |
98,3 % (Afristat, 2022) |
|
2024 |
99 % (La Nation, 2025) |
Sources :
PNUD (2010); La Nation (2025).
Au-delà des chiffres de scolarisation,
Djibouti a entrepris de renforcer l’inclusivité et la résilience de son
système éducatif. Des programmes spéciaux ont été développés pour atteindre
les enfants des zones rurales isolées et des communautés vulnérables. Par
exemple, des écoles ont été établies au sein des camps de réfugiés, permettant
à 60 % des enfants réfugiés d’être intégrés dans le
système scolaire national (La Nation, 2025). De plus, des Écoles
Rurales Intégrées (ERI) ont vu le jour dans plusieurs régions de
l’intérieur afin d’adapter l’offre éducative aux réalités locales et de freiner
l’exode rural (La Nation, 2025). Ces initiatives s’accompagnent de mesures
d’appui essentielles, telles que la mise en place de cantines scolaires
gratuites – garantissant aux écoliers un repas régulier et nutritif –
et la construction de latrines séparées pour les filles, améliorant l’hygiène
et réduisant l’absentéisme des adolescentes (La Nation, 2025).
Par ailleurs, le gouvernement djiboutien a
investi dans la modernisation pédagogique. Avec le soutien de
partenaires internationaux, des classes numériques ont été
déployées (tablettes, ordinateurs, connexion Internet), ce qui a permis de
renforcer la continuité éducative y compris pendant des crises (La Nation,
2025). Le curriculum a été revu pour intégrer des compétences du 21e siècle
(pensée critique, TIC, gestion des risques, etc.) et promouvoir les valeurs de
citoyenneté et de respect de la diversité (La Nation, 2025). Ces réformes
témoignent d’une volonté de former une jeunesse qualifiée et résiliente, apte à
contribuer au développement du pays. Déjà, un projet d’élargissement
des possibilités d’apprentissage appuyé par la Banque mondiale a
permis d’intégrer plus de 23 000 enfants précédemment non
scolarisés dans le système éducatif et de construire 43 nouvelles
salles de classe préscolaire, ouvrant l’accès à l’éducation précoce à plus de
1 000 enfants supplémentaires (Banque mondiale, 2024a). L’ensemble de ces
avancées place Djibouti en bonne voie pour atteindre l’objectif d’une année
d’éducation préscolaire universelle et d’une éducation de base de qualité pour
tous d’ici 2035.
Santé
En matière de santé publique, Djibouti a connu
des évolutions significatives impulsées par la Vision 2035, avec un accent
sur l’accès universel aux soins et le renforcement des
infrastructures sanitaires. L’initiative phare a été la création de l’Assurance
Maladie Universelle (AMU), lancée en 2015 pour que chaque Djiboutien puisse
bénéficier de soins sans considération de revenu. En l’espace d’une décennie,
l’AMU a profondément transformé le paysage sanitaire : plus de
40 % de la population dispose désormais d’une couverture maladie,
contre moins de 10 % avant son instauration (Ministère du Travail, 2024,
cité par ADI). Autrement dit, environ 400 000 personnes sont
aujourd’hui protégées par l’AMU, là où la plupart des Djiboutiens étaient
précédemment sans assurance santé. Le ministre du Travail a souligné que
derrière ce chiffre, « ce sont des vies transformées, des familles
soulagées, des enfants qui peuvent grandir en bonne santé et des femmes qui
peuvent accoucher en toute sécurité » (ADI, 2024). Cette avancée
illustre l’engagement du gouvernement à ne « laisser aucun
Djiboutien de côté » face aux risques de maladie (ADI, 2024). Le
défi demeure toutefois d’étendre la couverture aux segments encore non couverts
– notamment dans le secteur informel – et de garantir la soutenabilité
financière du système, objectif auquel les autorités travaillent activement
(ADI, 2024).
Tableau 2 – Extension de la couverture
santé universelle (AMU)
|
Année |
Part de la population couverte par une
assurance maladie (%) |
|
2015 (lancement AMU) |
~10 % (est.) |
|
2020 |
~25 % (est.) |
|
2024 |
>40 % (Ministère du Travail, 2024) |
Source : Discours du Ministère du
Travail, Djibouti (23 déc. 2024), rapporté par ADI.
Parallèlement, Djibouti a investi dans
le développement de ses infrastructures de santé, avec le soutien
de partenaires. L’inauguration en 2025 de l’Hôpital Al Shifa à
Djibouti-ville illustre cette dynamique. Cet hôpital ultramoderne,
l’un des projets de santé publique les plus ambitieux de la décennie, offre des
capacités accrues (blocs opératoires de pointe, unités de soins intensifs,
services d’imagerie médicale aux normes internationales) et incarne la volonté
du pays de fournir à chaque citoyen des soins de qualité localement (Diaspora
Djibouti, 2025). Porté par la Caisse Nationale de Sécurité Sociale avec l’appui
du gouvernement et de bailleurs, l’hôpital Al Shifa « transforme
durablement le paysage sanitaire du pays » (Diaspora Djibouti,
2025). Il vise à désengorger les structures existantes, réduire les évacuations
médicales à l’étranger (près de 1 800 évacuations à l’étranger ont
toutefois encore eu lieu au cours de la décennie précédente, signe des besoins
non couverts – ADI, 2024) et renforcer la prise en charge locale des
patients. Al Shifa comprend aussi un centre de formation continue pour les
professionnels de santé, soulignant l’accent mis sur le développement du
capital humain médical (Diaspora Djibouti, 2025). Notons également que des
principes de durabilité ont été intégrés dans cette infrastructure (panneaux
solaires alimentant le bâtiment, recyclage de l’eau), reflétant la convergence
entre objectifs sanitaires et environnementaux (Diaspora Djibouti, 2025).
Sur le plan des indicateurs de santé, ces
investissements commencent à porter leurs fruits. Bien que les données précises
sur la mortalité maternelle et infantile ne soient pas
détaillées ici, les autorités signalent des améliorations qualitatives. La
meilleure accessibilité aux soins prénataux et obstétricaux via l’AMU et les
nouveaux équipements contribue, par exemple, à des accouchements plus sûrs pour
les mères. De même, l’accent mis sur la prévention (programmes de vaccination
soutenus par les partenaires internationaux, campagnes d’assainissement)
s’inscrit dans les progrès de la couverture sanitaire de base. Djibouti demeure
toutefois confronté à des défis structurels en santé – prévalence de maladies
infectieuses comme la tuberculose ou le VIH, et maladies non transmissibles
émergentes – que la Vision 2035 intègre dans ses priorités à
travers le renforcement du système de santé primaire et de la protection
sociale (BAD, 2022). Globalement, le pays affiche une amélioration de
l’espérance de vie (passée d’environ 61 ans en 2010 à près de 67 ans
en 2020, d’après les estimations de l’OMS) et s’efforce d’assurer que ce
progrès démographique s’accompagne d’une meilleure qualité de vie pour tous les
citoyens.
Infrastructures et énergie
Le développement d’infrastructures modernes
est au cœur de la transformation économique de Djibouti envisagée par Vision
2035. Ces dernières années, le pays a réalisé des investissements
majeurs dans les infrastructures de transport et d’énergie, consolidant son
rôle de hub régional et améliorant la résilience de son économie (Banque
mondiale, 2024c). Djibouti s’est doté d’installations portuaires de tout
premier plan : le terminal à conteneurs de Doraleh (SGTD), étendu
et modernisé, est désormais classé comme l’un des plus performants d’Afrique
subsaharienne en productivité portuaire (African Business, 2024). À ses côtés,
le Port Polyvalent de Doraleh (DMP), inauguré en 2017, dispose
d’équipements de pointe pour traiter divers types de fret (vrac, cargaisons
diverses) et est connecté au nouveau chemin de fer, ce qui fluidifie
l’acheminement des marchandises vers l’arrière-pays (African Business, 2024).
En effet, la mise en service de la ligne ferroviaire électrifiée
Djibouti–Addis-Abeba en 2016 (752 km), construite grâce à un
partenariat sino-djiboutien, a grandement amélioré la connectivité avec
l’Éthiopie voisine – principal partenaire commercial – en réduisant les temps
et coûts de transport. Cette liaison s’inscrit dans la stratégie d’intégration
régionale et d’offre logistique multimodale (corridors routiers,
ferroviaires, maritimes) promue par Djibouti (Diaspora Djibouti, 2024).
En parallèle, Djibouti a inauguré en juillet
2018 la Zone Franche Internationale de Djibouti (DIFTZ), symbole de
son ambition de devenir un centre mondial d’échanges. Avec 240 hectares
aménagés dans sa première phase (sur 4 800 ha prévus), la DIFTZ
accueille déjà plus de 367 entreprises et a été reconnue « Zone
franche de l’année » en 2019 par le magazine fDi
Intelligence (African Business, 2024). Cette zone logistique et
industrielle, développée en partenariat avec des investisseurs étrangers
(notamment chinois dans le cadre de l’initiative Belt and Road),
offre des régimes incitatifs (exonérations fiscales, infrastructure
« one-stop shop ») et sert de plateforme pour la transformation, le
stockage et la réexportation de marchandises vers l’Afrique de l’Est. La DIFTZ,
couplée aux ports modernisés et à un Port Community System numérique
intégrant les opérations air-mer-terre 24h/24, confère à Djibouti une capacité
unique à faciliter le commerce régional (African Business,
2024). Ces développements ont déjà eu un impact notable : en 2024, face aux
détournements de routes maritimes causés par des tensions en mer Rouge, les
volumes de transbordement à Djibouti ont explosé (+239 % en un an),
propulsant le trafic portuaire total en hausse de 31,4 % par
rapport à l’année précédente (Banque mondiale, 2024b). Cette hausse soudaine –
qui a contribué à une révision à la hausse de la croissance du PIB à 6 %
en 2024 – illustre à la fois le potentiel de Djibouti en tant que plaque
tournante du commerce intercontinental et sa vulnérabilité aux
fluctuations géopolitiques régionales (Banque mondiale, 2024b).
En matière d’énergie, Djibouti a
affiché une vision audacieuse : « devenir le premier pays
africain à utiliser 100 % d’énergies vertes d’ici 2035 » (African
Business, 2024). Pour ce faire, le pays mise sur l’exploitation de ses
ressources renouvelables abondantes – solaire, éolien, géothermie et potentiel
en hydrogène vert (Ministère de l’Économie, cité par Banque mondiale, 2024c).
Des progrès tangibles sont enregistrés. En 2023, Djibouti a inauguré son premier
parc éolien de grande envergure à Ghoubet, d’une capacité installée de
60 MW (17 turbines), en partenariat avec des investisseurs internationaux
(Red Sea Power). Ce parc couvre une part significative de la demande
électrique nationale et marque l’entrée du pays dans la production
d’électricité propre à l’échelle industrielle. Des plans d’extension sont déjà
en cours pour ajouter 45 MW éoliens supplémentaires et étendre le réseau
de transport d’électricité vers les régions du nord (African Business, 2024).
Djibouti a également investi dans le solaire : une centrale photovoltaïque de
30 MW est en développement, et un projet innovant d’usine de
dessalement alimentée à l’énergie solaire va fournir
7 000 litres d’eau potable par heure aux communautés côtières,
répondant à la fois aux enjeux d’accès à l’eau et d’énergie durable (African
Business, 2024). Enfin, le potentiel géothermique du rift
djiboutien (autour du lac Assal) fait l’objet de forages exploratoires avec
l’aide de la BAD et d’autres partenaires, dans l’espoir de générer une
électricité abondante et stable tout en diversifiant le mix.
Les résultats de cette politique énergétique
commencent à se refléter dans les chiffres (voir Tableau 3). La
part des énergies renouvelables dans la production électrique domestique, qui
était marginale en 2010, a sensiblement augmenté avec l’arrivée du parc éolien
(on l’estime à plus de 30 % en 2023). En outre, Djibouti importe depuis
2011 de l’électricité hydroélectrique de l’Éthiopie voisine, ce qui porte en
réalité la part de consommation d’origine renouvelable aux
alentours de 70 % – bien que l’objectif à terme soit l’autosuffisance
verte. Ces avancées contribuent non seulement à l’atténuation du changement
climatique, mais réduisent aussi les coûts de l’énergie dans le pays et
renforcent la sécurité énergétique à long terme (Ministère de l’Économie, 2024).
Tableau 3 – Capacité installée en énergies
renouvelables à Djibouti (estimations clés)
|
Année |
Capacité installée
renouvelable (MW) |
Projets majeurs en
service |
|
2010 |
~0 MW |
– (dépendance au diesel + importations) |
|
2020 |
~5 MW |
Petite centrale solaire pilote (Kaboul) |
|
2023 |
~60 MW |
Parc éolien de Ghoubet (17 turbines) |
|
2025 (proj.) |
~105 MW |
+ Extension éolien Ghoubet (+45 MW) |
Sources :
African Business (2024); Banque mondiale (2024c).
En somme, les investissements massifs réalisés
dans les ports, les corridors de transport, les zones franches et l’énergie
renouvelable ont radicalement changé le profil infrastructurel de Djibouti. Le
pays dispose aujourd’hui d’atouts concrets pour se positionner comme un nœud
logistique incontournable entre l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient,
et pour garantir un développement durable fondé sur une énergie propre et
abordable. La Banque mondiale souligne toutefois que maximiser les bénéfices de
ces investissements exigera de poursuivre les réformes facilitant la
participation du secteur privé et le renforcement des capacités
institutionnelles de gestion (Banque mondiale, 2024c) – un point crucial
pour assurer l’entretien des infrastructures et la viabilité financière des
projets à long terme.
Gouvernance et politique publique
Le volet gouvernance de
Vision 2035 vise à créer un État efficace, transparent et inclusif, condition
indispensable d’un développement durable. Djibouti a enregistré certaines
avancées notables dans ce domaine au cours de la dernière décennie, bien que
des défis persistent. Sur le plan institutionnel, le gouvernement a entrepris
des réformes pour moderniser l’administration publique et renforcer
l’état de droit. L’accent a été mis sur l’amélioration de l’efficacité
du secteur public et la lutte contre la corruption, conformément au
deuxième pilier de Vision 2035 sur la bonne gouvernance (Diaspora Djibouti,
2024). Des efforts ont été consentis pour rationaliser les procédures
administratives, numériser certains services publics et renforcer les
mécanismes de reddition des comptes. Par exemple, des audits des entreprises
publiques ont été menés et un meilleur contrôle budgétaire a contribué à
réduire le déficit et même à dégager un léger excédent budgétaire en 2024
(Banque mondiale, 2024b). La transparence fiscale s’est
améliorée, et Djibouti a rejoint en 2019 l’Initiative de transparence
budgétaire de l’UA, publiant davantage de données sur les finances publiques
(DG Trésor, 2023). En matière de décentralisation, Djibouti a progressivement
mis en place des conseils régionaux élus (dans les cinq régions hors capitale),
donnant plus de voix aux collectivités locales dans la planification du
développement – même si ces instances restent encore dépendantes du pouvoir
central (Nations Unies, 2022). Les autorités djiboutiennes ont également
ratifié plusieurs conventions internationales importantes en matière de droits
de l’Homme au cours de la période récente, témoignant d’une ouverture
aux normes de gouvernance mondiale (Nations Unies, 2024). L’ONU souligne ainsi
des progrès dans la ratification des pactes internationaux et la mise en
conformité du cadre légal national, par exemple sur les droits des femmes et la
protection des travailleurs (Nations Unies, 2024).
Sur le plan de la cohésion nationale, Djibouti a préservé un climat de paix sociale et d’unité, ce qui constitue en soi une réalisation politique majeure dans une région instable. Le premier pilier de Vision 2035 – Paix et Unité nationale – a été consolidé par des initiatives de dialogue intercommunautaire et par le renforcement des capacités de règlement des conflits locaux (Diaspora Djibouti, 2024). Le pays n’a pas connu de conflit civil depuis la réconciliation du début des années 2000, et l’alternance politique y demeure pacifique bien que dominée par le même parti depuis l’indépendance. L’accent mis sur la stabilité se reflète également dans la sécurité publique : Djibouti coopère activement avec les partenaires internationaux pour maintenir la sûreté sur son territoire et dans les eaux environnantes (lutte contre la piraterie, terrorisme, etc.), ce qui crée un environnement propice au développement socio-économique.
En résumé, Djibouti a posé les bases d’une
gouvernance plus solide en renforçant l’État de droit et les capacités
administratives, conformément aux objectifs de Vision 2035. La stabilité
politique du pays et son engagement à améliorer la gestion publique ont été
salués par les bailleurs (BAD, 2023). Poursuivre sur cette lancée sera crucial
pour atteindre le statut de pays émergent visé en 2035, car une bonne
gouvernance est le catalyseur qui permettra aux investissements et aux
réformes sectorielles de produire pleinement leurs effets sur le développement
humain.
Économie et diversification
Sur le plan économique, Djibouti affiche
un dynamisme notable depuis le lancement de Vision 2035, avec une
croissance robuste portée par les secteurs des services logistiques et de
l’investissement en infrastructures. Au cours de la période 2015-2023, la
croissance annuelle du PIB réel s’est établie en moyenne autour de 6 %,
dépassant même 7 % lors des années fastes (voir Tableau 4).
Cette performance, supérieure à la moyenne régionale, s’explique par la montée
en régime des grands projets structurants (ports, chemin de fer, zones
franches) et par l’augmentation continue des revenus d’activité portuaire. Par
exemple, les recettes portuaires annuelles dépassent désormais
400 millions de dollars, traduisant le volume accru de fret transitant par
Djibouti (Banque mondiale, 2024a). Même l’année 2020, marquée par la pandémie
de COVID-19, n’a vu qu’un ralentissement modéré (+1,2 % de croissance)
suivi d’un rebond rapide. En 2023, la croissance s’est accélérée à
environ 7,4 %, stimulée par le détournement vers Djibouti
d’une partie du trafic maritime mondial et par la reprise des investissements
(Banque mondiale, 2024b).
Tableau 4 – Croissance du PIB de Djibouti
(2014–2023)
|
Année |
Croissance du PIB
(%) |
|
2014 |
7,2 % |
|
2015 |
7,3 % |
|
2016 |
7,1 % |
|
2017 |
5,5 % |
|
2018 |
4,8 % |
|
2019 |
5,5 % |
|
2020 |
1,2 % |
|
2021 |
4,4 % |
|
2022 |
5,2 % |
|
2023 |
7,4 % |
Source : FMI (2023) et Banque
mondiale.
Cette trajectoire de croissance a eu des
effets positifs sur certains indicateurs sociaux, en particulier la réduction
de la pauvreté extrême. La proportion de la population vivant avec moins de
2,15 $ par jour (seuil international de pauvreté) est passée de 19,1 %
en 2017 à 15,5 % en 2023, et pourrait diminuer à
14,5 % en 2024 d’après les projections (Banque mondiale, 2024b). Cette
baisse reflète l’impact des emplois créés et des programmes sociaux sur les
ménages les plus démunis. Néanmoins, le taux de pauvreté national (basé
sur le seuil propre à Djibouti) reste élevé, aux alentours de 35-39 % ces
dernières années (BAD, 2023), ce qui souligne que la croissance bénéficie
encore de façon inégale aux différentes couches de la population. Le chômage,
en particulier parmi les jeunes, demeure un problème structurel (autour de
26 % de la population active au sens large), malgré les 15 000 à
20 000 emplois nets créés depuis 2015 (Banque mondiale, 2023).
Consciente de ces enjeux, la Vision 2035 met
fortement l’accent sur la diversification économique afin de
réduire la dépendance du pays à quelques activités (les services portuaires
représentent encore près de 70 % du PIB). Des secteurs porteurs ont été
identifiés et commencent à être développés : les services financiers (Djibouti
ambitionne de devenir un centre financier régional en s’appuyant sur sa
stabilité et un régime de change fixe attractif – New African, 2022), le tourisme (valorisation
du patrimoine naturel unique, comme le lac Assal et la plongée avec les
requins-baleines, pour attirer une niche de tourisme d’aventure), l’agriculture/pêche à
petite échelle (pour améliorer la sécurité alimentaire, bien que limitée par le
climat aride), les TIC et télécommunications (Djibouti est un
nœud de câbles sous-marins et investit dans les centres de données), ainsi que
les énergies renouvelables exportables à terme. Le
gouvernement a mis en place des incitations pour ces secteurs émergents. Par
exemple, un parc technologique et numérique est en projet pour
attirer des entreprises TIC, et l’Agence nationale de promotion des
investissements multiplie les forums pour présenter les opportunités
djiboutiennes (magazine de l’Économie, 2025). La diversification avance à
petits pas – les activités nouvelles restent encore marginales dans le PIB –
mais quelques succès se dessinent : l’entrée de nouveaux établissements
bancaires panafricains, l’implantation de start-ups locales appuyées par des
programmes pour les jeunes entrepreneurs, ou encore la hausse du transit de
télécommunications via Djibouti Data Center.
Un autre aspect notable de la performance
économique récente de Djibouti est la maîtrise relative de la stabilité
macroéconomique. L’inflation a été contenue autour de 2 à 3 % ces
dernières années, grâce notamment à l’arrimage du franc djibouti au dollar
américain qui a ancré les anticipations et limité l’inflation importée (Banque
mondiale, 2024b). De plus, comme mentionné, les finances publiques se sont
améliorées, passant d’un déficit chronique supérieur à 4 % du PIB en 2015
à un quasi-équilibre en 2024 (excédent budgétaire de 0,2 % du PIB) porté
par l’augmentation des recettes portuaires et la modération des dépenses
(Banque mondiale, 2024b). Cela est de bon augure pour la soutenabilité de la
dette publique, qui reste cependant élevée (autour de 60-70 % du PIB) du
fait des emprunts contractés pour financer les infrastructures – en particulier
auprès de la Chine. La gestion de la dette fait l’objet d’une vigilance
particulière, et Djibouti cherche à diversifier ses sources de financement
(recours plus grand aux bailleurs multilatéraux, négociations pour des
partenariats public-privé) afin de ne pas compromettre ses perspectives de croissance
à moyen terme.
En somme, Djibouti affiche un bilan
économique encourageant sur la première décennie de mise en œuvre de
Vision 2035 : une croissance soutenue, des revenus en hausse, une pauvreté
extrême en recul et des signaux de diversification. Les autorités devront
cependant veiller à ce que cette croissance reste inclusive –
c’est-à-dire qu’elle profite à l’ensemble de la population – et résiliente aux
chocs extérieurs (dépendance à l’Éthiopie pour le commerce, aux conditions
climatiques pour la sécurité alimentaire, etc.). La consolidation des acquis
économiques passera par la poursuite des réformes du climat des affaires
(Djibouti a amélioré son classement Doing Business de quelques
places en facilitant la création d’entreprise et l’accès au crédit, mais peut
mieux faire), l’investissement dans le capital humain qualifié, et le maintien
de la stabilité macro-fiscale. Les partenaires comme la Banque mondiale et la BAD
soulignent l’importance de ces facteurs pour pérenniser la trajectoire
ascendante de Djibouti (Banque mondiale, 2024c).
Inclusion sociale et développement humain
La dimension inclusion sociale est
un fil rouge de Vision 2035, qui proclame vouloir assurer que la prospérité à
venir soit partagée par tous les Djiboutiens sans distinction de genre, de
région ou de statut. À cet égard, plusieurs réalisations méritent d’être
soulignées, en complément des avancées en éducation et santé déjà évoquées.
D’abord, Djibouti a renforcé ses filets
de protection sociale pour les plus vulnérables. Avec l’appui de
bailleurs internationaux, le gouvernement a mis en place des programmes de
transferts monétaires conditionnels et d’assistance aux ménages pauvres.
Notamment, le Projet d’intervention d’urgence en réponse à la crise de
protection sociale (lancé dans le contexte COVID) a bénéficié à plus
de 86 000 personnes – dont 40 000 femmes – via des
transferts en espèces ou en nature, leur permettant de subvenir à leurs besoins
essentiels (Banque mondiale, 2024a). Ce programme a également intégré un volet
d’inclusion financière, en ouvrant l’accès de 60 % des
bénéficiaires ruraux à des services financiers formels (Banque mondiale, 2024a).
Par ailleurs, des projets communautaires (petites
infrastructures locales, coopératives villageoises, activités génératrices de
revenus) ont été financés dans le cadre de ce dispositif, afin de renforcer la
résilience et l’autonomie économique des communautés pauvres (Banque mondiale,
2024a). Ces efforts témoignent d’une orientation stratégique vers la réduction
de la pauvreté et la lutte contre les inégalités territoriales, en
ciblant en particulier les zones rurales de l’intérieur où le taux de pauvreté
dépasse 60 % (contre ~20 % en ville de Djibouti).
Ensuite, la Vision 2035 intègre les notions d’égalité
de genre et d’inclusion des jeunes comme thèmes transversaux de toutes
les politiques (Diaspora Djibouti, 2024). Sur le plan du genre, Djibouti a
réalisé des progrès éducatifs importants pour les filles (quasi parité scolaire
atteinte au primaire). Le gouvernement a en outre promulgué des lois visant à
protéger les droits des femmes, par exemple en durcissant les peines contre les
mutilations génitales féminines et en encourageant l’entrepreneuriat féminin
via des fonds de micro-crédit dédiés. Il reste des défis, notamment en matière
d’emploi où le taux d’activité des femmes demeure faible (environ 34 %, contre
45 % pour l’ensemble de la population). Néanmoins, des initiatives comme
le programme FAFI (Femmes et Autonomisation Financière
Inclusive) appuyé par la BAD commencent à porter leurs fruits en offrant
formation et financement à des coopératives de femmes. Concernant les jeunes,
qui représentent plus de 70 % de la population djiboutienne,
l’investissement dans l’éducation, la formation professionnelle et la création
d’emplois est vital. Djibouti a lancé un Programme national pour
l’emploi des jeunes et bénéficie du projet PEJAA de la BAD axé sur
l’entrepreneuriat des jeunes en agriculture adaptative. Des centres de
formation technique ont été ouverts ou réhabilités (par exemple à Balbala et
Tadjourah) afin d’accroître l’employabilité des jeunes hors secteur public.
Bien que le chômage des diplômés reste élevé, ces mesures jettent les bases
d’une meilleure inclusion socio-économique de la jeunesse dans le développement
national.
Un autre aspect de l’inclusion sociale à
Djibouti concerne la prise en charge des réfugiés et des communautés
marginalisées. Djibouti, de par sa position géographique, accueille environ
30 000 réfugiés et demandeurs d’asile (principalement originaires de
Somalie, d’Éthiopie et du Yémen). Le gouvernement, en collaboration avec l’ONU,
a adopté en 2017 une stratégie nationale d’inclusion des réfugiés,
faisant le pari de leur intégrer dans les systèmes nationaux d’éducation, de
santé et d’emploi, plutôt que de les confiner à l’assistance humanitaire.
Concrètement, comme mentionné plus haut, plus de la moitié des enfants
réfugiés en âge scolaire sont désormais scolarisés dans des écoles
publiques ou communautaires, suivant le même curriculum que les nationaux (La
Nation, 2025). En outre, des projets comme le Projet d’intervention
face aux déplacements de population financé par l’IDA ont permis
d’améliorer l’accès aux services de base (éducation, santé, eau) pour 135 830
personnes parmi les réfugiés et les communautés hôtes, réduisant les
tensions et favorisant la cohésion sociale (Banque mondiale, 2024a). À Ali
Sabieh, par exemple, réfugiés et locaux partagent désormais écoles et
dispensaires, symbole d’une approche inclusive saluée par le HCR (Banque
mondiale, 2024a). Cette politique incarne la dimension « ne
laisser personne pour compte » du développement inclusif prôné
par Vision 2035.
Enfin, l’amélioration des conditions de vie
urbaines dans les quartiers précaires de Djibouti-ville fait partie des
réalisations sociales. Le vaste programme de rénovation urbaine de Balbala,
lancé en 2018, a abouti à la construction de logements sociaux, d’équipements
collectifs (centres de santé, écoles, marchés) et à l’extension des réseaux
d’eau potable et d’électricité dans des zones auparavant sous-équipées (JICA
& Gouvernement de Djibouti, 2021). Des milliers de ménages ont ainsi vu
leur accès aux services de base s’améliorer, avec des effets positifs sur la
santé publique et la sécurité.
Malgré ces avancées, les défis
d’inclusion demeurent considérables. Les inégalités de revenu sont
encore prononcées (le coefficient de Gini de Djibouti avoisine 0,42 selon la
Banque mondiale), et le dualisme économique entre un secteur moderne concentré
à la capitale et un hinterland aux moyens de subsistance limités perdure.
Le taux d’alphabétisation des adultes reste autour de
60 % seulement, traduisant le passif des générations non scolarisées. La
protection sociale, si elle s’est étendue, ne couvre pas encore tous les
risques (pas de système de chômage formel, retraites limitées aux
fonctionnaires et salariés formels, etc.). Conscient de cela, l’État djiboutien
– avec l’appui de ses partenaires – entend consolider les acquis
sociaux. L’élaboration récente d’une Stratégie de protection
sociale 2030 vise à passer d’une approche projet à un système intégré
de protection tout au long du cycle de vie, couvrant les enfants (transferts
pour la nutrition, allocations scolaires), les personnes en âge de travailler
(formation, emploi public, appui informel) et les personnes âgées ou
handicapées (pensions sociales). C’est par de telles mesures qu’à l’horizon
2035, Djibouti espère non seulement améliorer ses indicateurs moyens de
développement humain, mais aussi forger une société plus équitable et résiliente.
Coopération internationale et intégration
régionale
Le succès de la Vision 2035 de Djibouti repose
également sur une stratégie active de coopération internationale,
tant sur le plan du développement économique que de la diplomatie régionale.
Djibouti a su mobiliser des partenariats divers pour appuyer ses ambitions,
tout en s’imposant comme un acteur engagé dans les initiatives régionales de la
Corne de l’Afrique.
Sur le plan du financement du
développement, le gouvernement djiboutien a bénéficié du soutien continu de
partenaires multilatéraux et bilatéraux. La Banque mondiale a
fortement accru son portefeuille à Djibouti au cours de la dernière
décennie : l’Association internationale de développement (IDA) y finance
actuellement plus de 400 millions de dollars de projets
actifs, concentrés sur l’énergie, les transports, la transformation numérique,
l’éducation, la santé et la protection sociale (Banque mondiale, 2024a). Ces
projets – tels que le Corridor économique de la Corne de l’Afrique, l’appui à
l’éducation de base, ou encore les transferts sociaux – sont alignés sur les
priorités de Vision 2035, cherchant à réduire la pauvreté, promouvoir
une croissance inclusive et renforcer la résilience face aux chocs (Banque
mondiale, 2024a). De son côté, la Banque africaine de développement
(BAD) a financé d’importantes infrastructures à Djibouti, notamment
dans l’énergie (ligne électrique vers l’Éthiopie, forages géothermiques) et
l’eau (un projet d’unité de dessalement financé conjointement avec l’UE). La
BAD appuie aussi des initiatives d’emploi des jeunes et de résilience
climatique (BAD, 2022). Les pays du Golfe (Arabie saoudite, Émirats) ont
contribué via des dons ou investissements à la construction d’hôpitaux
(l’hôpital Al Rahma, par exemple, inauguré en 2019) et au financement de logements
sociaux. La Chine, partenaire majeur, a joué un rôle central dans
le financement et la réalisation de la ligne de chemin de fer et de la zone
franche de Doraleh, par le biais de prêts préférentiels et de partenariats
public-privé impliquant des entreprises chinoises (China Exim Bank, China
Merchants Group, etc.). Ces coopérations s’inscrivent dans l’initiative
chinoise des Nouvelles Routes de la Soie, dont Djibouti est une
étape stratégique. Par ailleurs, des acteurs comme l’USAID, l’AFD (France)
ou la JICA (Japon) interviennent sur des créneaux spécifiques
: par exemple l’AFD a financé un projet d’assainissement pour améliorer l’accès
à l’eau et réduire les maladies hydriques à Djibouti-ville (AFD, 2020), tandis
que la JICA a soutenu la modernisation du réseau routier urbain. La capacité de
Djibouti à attirer et coordonner ces aides extérieures témoigne d’une
diplomatie économique efficiente, au service des objectifs de Vision 2035.
Au niveau régional, Djibouti a
renforcé son intégration et son rôle diplomatique. Membre de l’Autorité
Intergouvernementale pour le Développement (IGAD), le pays accueille le
siège de cette organisation à Djibouti-ville, et Djibouti a souvent servi de
médiateur dans les conflits régionaux (notamment en Somalie et Soudan du Sud).
La Vision 2035 accentue cette vocation de « pivot de paix et de
coopération régionale ». Djibouti a par exemple participé activement à
l’Initiative de l’IGAD pour les infrastructures régionales, visant à
harmoniser les politiques de transport et d’énergie entre pays de la Corne. Sur
le plan commercial, Djibouti est membre du COMESA et a signé
l’accord de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf),
ouvrant son économie aux échanges intra-africains. Concrètement, cela se
traduit par des tarifs préférentiels pour les produits de la région et par des
projets comme le corridor routier et ferroviaire Djibouti-Addis-Abeba,
véritable épine dorsale du commerce éthiopien dont Djibouti
tire des revenus de transit conséquents. Plus récemment, Djibouti s’est
rapproché du Somaliland en investissant dans le port de
Berbera aux côtés de l’Éthiopie, témoignant d’une approche pragmatique pour
consolider sa position de hub tout en contribuant au développement de corridors
alternatifs pour la région (Jeune Afrique, 2021).
Djibouti a également développé une coopération
internationale en matière de sécurité et de politique étrangère qui,
bien que distincte des objectifs purement socio-économiques, a d’importantes
retombées financières et stratégiques. Le pays héberge sur son sol des bases
militaires de plusieurs grandes puissances (France, États-Unis, Chine, Japon,
Italie, etc.). Cette présence militaire internationale lui
assure des rentrées budgétaires (loyers versés estimés à plus de
100 millions $ par an) et un support en formation/surveillance maritime
qui sécurise ses voies commerciales. Surtout, elle confère à Djibouti un poids
géopolitique disproportionné par rapport à sa taille, lui permettant
d’entretenir de bonnes relations tant avec l’Occident qu’avec l’Asie. Djibouti
a pu ainsi nouer des partenariats variés sans alignement exclusif, ce qui se
reflète dans la diversité de ses bailleurs (des capitaux arabes aux
institutions occidentales et chinoises). Sur le plan diplomatique, le pays a
récemment présidé le Conseil de paix et de sécurité de l’UA et brigue un siège
non-permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, capitalisant sur son image de
pays stable dans une région troublée.
En définitive, la coopération
internationale a été un levier déterminant des réalisations de
Djibouti dans le cadre de Vision 2035. Les projets structurants qui
transforment le pays ont presque tous une composante d’aide ou d’investissement
étranger. L’habileté de Djibouti a été de s’aligner sur les agendas
internationaux (ODD des Nations Unies, initiatives africaines, Belt
and Road chinoise, etc.) pour en tirer parti au service de sa vision nationale.
Cependant, cette dépendance aux financements extérieurs comporte des risques,
notamment celui de la dette ou des conditionnalités. C’est pourquoi Djibouti
cherche à présent à équilibrer ces apports par une meilleure mobilisation de
ses ressources domestiques (réforme fiscale, fonds souverain émergent alimenté
par les revenus portuaires) et par des partenariats public-privé innovants
(par exemple le modèle de concession portuaire avec DP World, bien qu’ayant
connu des litiges, ou la gestion du port de Tadjourah confiée en 2023 à un
opérateur saoudien pour optimiser son exploitation – Agence Ecofin, 2023). La
coopération internationale n’en reste pas moins un atout que Djibouti
continuera de valoriser pour achever les ambitieux chantiers de Vision 2035.
Conclusion
Un examen approfondi des réalisations de
Djibouti à mi-parcours de la Vision 2035 révèle un bilan globalement
positif, marqué par des avancées socio-économiques et politiques
significatives, tout en faisant apparaître les défis qu’il reste à relever pour
atteindre pleinement les objectifs fixés. Sur le plan socio-économique,
Djibouti a réussi en une décennie à étendre l’accès aux services de
base de façon notable – l’éducation primaire est presque universelle,
une proportion importante de la population bénéficie désormais d’une couverture
santé, et des programmes sociaux ciblés soutiennent les plus vulnérables.
L’économie djiboutienne, quant à elle, affiche une vitalité soutenue avec une
croissance robuste et la transformation visible du paysage infrastructurel du
pays. Des ports modernisés, un chemin de fer neuf, des parcs éoliens et des
zones franches ultra-modernes sont autant de symboles de ce « Djibouti
émergent » en construction. Politiquement, le pays a su maintenir
sa stabilité et amorcer des réformes de gouvernance – bien qu’incomplètes –
dans le sens d’une meilleure gestion publique et d’une plus grande ouverture
(par exemple vis-à-vis des normes internationales de droits humains). Sur la
scène régionale et internationale, Djibouti s’est affirmé comme un acteur
clé et un partenaire fiable, profitant de sa position géostratégique pour
attirer investissements et appuis, tout en contribuant aux efforts collectifs
de développement et de sécurité dans la Corne de l’Afrique.
Ces résultats, pour remarquables qu’ils
soient, doivent cependant être tempérés par la conscience des défis
persistants. D’un point de vue quantitatif, certains objectifs de Vision
2035 – comme le triplement du revenu par habitant ou la création de
200 000 emplois – apparaissent encore lointains à mi-parcours. La
prospérité engendrée reste inégalement distribuée, avec une pauvreté endémique
qui recule trop lentement et un chômage des jeunes élevé qui constitue un
risque social. L’économie demeure concentrée sur un nombre limité de secteurs,
ce qui la rend vulnérable aux chocs extérieurs (ralentissement en Éthiopie,
évolution des routes du commerce mondial, etc.) et pose la question de la
soutenabilité de la dette contractée pour financer son essor. En matière de
gouvernance, si le cadre législatif s’est amélioré, la mise en œuvre peine
parfois à suivre : la capacité administrative doit être renforcée, la
lutte contre la corruption intensifiée, et davantage d’espaces doivent être
accordés à la participation citoyenne et à la société civile pour ancrer le
développement dans la durée (PNUD, 2024). Enfin, la réalisation complète de
Vision 2035 exigera de Djibouti qu’il affronte des enjeux transversaux qui
s’aggravent, tels que le changement climatique (élévation du
niveau de la mer menaçant la ville de Djibouti, sécheresses récurrentes
affectant les zones rurales), la pression démographique (population
jeune en forte croissance) et les tensions géopolitiques régionales.
Autant de facteurs qui pourraient infléchir la trajectoire du pays s’ils ne
sont pas gérés de manière proactive et intégrée.
En conclusion, Djibouti a indéniablement changé
de visage depuis 2014, mettant à profit sa Vision 2035 comme boussole
stratégique pour son développement. Les progrès socio-économiques et politiques
accomplis témoignent d’une volonté politique soutenue et de partenariats
efficaces. Djibouti, autrefois principalement connu pour son port historique,
émerge aujourd’hui comme un pôle logistique modernisé, un champion des énergies
renouvelables en devenir, et un pays qui investit dans le bien-être de sa
population. Le chemin vers 2035 n’est toutefois qu’à moitié parcouru. Pour que l’ambition
Vision 2035 se concrétise pleinement en une réalité tangible – celle
d’un Djibouti émergent, prospère et inclusif – il importera de maintenir le cap
des réformes, d’accélérer sur les volets en retard (diversification, emploi,
gouvernance) et de gérer prudemment les risques. Si Djibouti réussit ce pari,
il pourrait devenir, à l’horizon 2035, un véritable modèle de développement
durable pour les petits États en développement, prouvant que la
combinaison d’une vision à long terme, d’investissements judicieux et d’une
coopération internationale bien orientée peut surmonter les contraintes les
plus ardues.
Bibliographie (format APA)
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23 décembre). Djibouti célèbre le 10e anniversaire de l’Assurance
Maladie Universelle (AMU). Agence Djiboutienne d’Information. (Discours
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3 décembre). Djibouti : Stimuler la croissance et renforcer la
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2025-2030. New York : ONU (Équipe-pays Djibouti). (Diagnostic
pays : gouvernance, droits humains, décentralisation).
Autres sources de données : FMI (2023) pour les taux de croissance du PIB ; Banque mondiale –
World Development Indicators (2023) pour les statistiques démographiques et
macroéconomiques ; Institut national de la statistique de Djibouti (DERES) pour
les données nationales de pauvreté et emploi.
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